ūüĆŅ Le monde de Nymphea

27 mars 2020

Histoire d'école

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Au vu de la situation actuelle en Suisse, toutes les écoles ont été fermées. Les enfants se retrouvent à la maison. J'en profite de cette occasion pour revenir un peu sur mon passé scolaire, les débuts scolaires de mon fils et les bienfaits de l'école à la maison. Le prochain article dans la catégorie "ça papote" sera d'ailleurs entièrement consacré sur l'école à la maison, vous pourrez ainsi voir ce que je fais avec mon garçon de cinq ans et demi, tout en simplicité, et peut-être en tirer de l'inspiration, si besoin.

J'ai toujours voulu faire l'√©cole √† la maison pour mon fils. J'√©tais aussi une grande partisane de l'apprentissage autonome. J'√©tais d'avis ‚Äď et je le suis toujours ‚Äď qu'on ne peut pas apprendre correctement si on n'apprend pas avec le coeur. J'entends par l√† que si nous ne sommes pas motiv√©s, enfants comme adultes, on apprend beaucoup moins bien, on prend plus de temps √† enregistrer les choses et quand bien m√™me nous y arrivons, une fois l'√©valuation pass√©e, tout est relativement vite oubli√©.

Est-ce que je me souviens encore de quoi que ce soit de mon temps pass√© sur les bancs d'√©cole ? Est-ce que quelque chose m'a √©t√© utile dans ma vie d'adulte ? Avant toute chose, je tiens √† dire ceci : mis √† part un s√©rieux souci de concordance des temps, si je donne l'impression d'avoir de la facilit√© pour r√©diger un texte, l'√©cole n'y est pour rien. C'est gr√Ęce √† ma m√®re. Je savais lire √† cinq ans. Ma m√®re m'a toujours dit qu'il √©tait tr√®s important de savoir bien lire et √©crire, c'est une de mes qualit√©s √† pr√©sent. C'est aussi une valeur, valeur que je vais √† mon tour inculquer √† mon fils.

Voici ce que j'ai pu retenir des leçons d'école :

ūüĆŅ Je sais plus o√Ļ moins compter

ūüĆŅ Je sais coudre √† la main et avec une machine

ūüĆŅ Les √©toiles sont en fait des soleils

ūüĆŅ Si nous pouvions voir les ondes √©lectromagn√©tiques, nous les verrions partout car nous baignons dedans

ūüĆŅ La monnaie de notre compte en banque fait des petits (=les int√©r√™ts)

Comme disait mon prof d'√©conomie,  ¬ę on pr√©f√®re ne pas savoir ce qui se passe dans les comptes ! ¬Ľ

ūüĆŅ S'il n'y a aucun virus dans l'air, m√™me si vous √™tes affaibli et plong√© dans un bain glacial en plein hiver, vous ne tomberez pas malade.

ūüĆŅ La science, c'est comme une religion

ūüĆŅ Last but not least : les bases d'anglais

Et vous savez ce que j'ai réalisé? Si je m'en souviens encore c'est parce que cela m'a marqué! Cela m'a marqué parce que j'étais intéressée. Le reste est passé aux oubliettes.

On peut me dire que certaines choses sont ancrées en nous et ressortiront le moment venu. Personnellement, je n'y crois pas, mais ce n'est que mon avis. Ceci dit, ce n'est pas parce que c'était comme ça pour moi que ça l'est pour tout le monde. Je ne généralise pas.

Ce qui m'a √©t√© vraiment utile apr√®s l'√©cole? Lorsque j'avais les cours de couture dans mon lyc√©e au Japon, je savais utiliser la machine √† coudre, j'ai pu faire une jolie robe sans √™tre mise de c√īt√© mais... on ne peut pas vraiment dire que c'√©tait tr√®s utile. Ce qui m'a vraiment aid√© est le fait d'avoir de bonnes bases en anglais, cela m'a permis de facilement m'am√©liorer par la suite. C'est aussi chouette de savoir utiliser une aiguille √† coudre lorsque l'on a un enfant et des habits √† rafistoler. Dans tous les cas, rien qui ne vaut de passer ses journ√©es enferm√©e dans une pi√®ce avec vingt-cinq autres humains du m√™me √Ęge pendant dix ans. Si ce n'est que pour la socialisation, il y a mille et une autres mani√®res.

Je suis une personne naturellement solitaire et casani√®re. J'ai √©galement un probl√®me d'anxi√©t√© qui s'est manifest√© d'une bien √©trange fa√ßon durant mon enfance et qui est encore d'actualit√© : la trichotillomanie. Je ne vais pas m'y attarder car je publierai un article sur le sujet. J'avais donc une tr√®s faible estime de moi lors de mon enfance et adolescence. J'ai v√©cu le fait d'aller √† l'√©cole et devoir c√ītoyer tant d'√©l√®ves comme un v√©ritable cauchemar. Je n'√©tais pas du tout √† l'aise en groupe ou pour prendre le bus bond√© d'√©l√®ves. Quand un professeur m'interrogeait devant la classe je perdais ma voix. D√®s que ma meilleure amie du moment √©tait absente, j'√©tais compl√®tement perdue. Oui, depuis mes huit ans, c'√©tait une seule amie sinon rien.

Je me souviendrais toujours de la ma√ģtresse qui √©tait venue vers moi et mon amie √† la r√©cr√©ation pour nous dire que ce serait bien de se m√™ler aux autres, de ne pas √™tre toujours que les deux : mon amie, qui √©tait assez extravertie, est all√©e vers les autres sans aucun probl√®me alors que √ßa m'a rendu malade. J'avais huit ou neuf ans. Je me demandais pourquoi avoir tout chamboul√© alors que jusqu'√† pr√©sent nous √©tions si bien!

A douze ans j'ai refus√© d'aller en voie Baccalaur√©at car j'aurais d√Ľ changer de village et me serais retrouv√©e avec des visages inconnus. J'avais trop peur. Mes parents ne m'ont pas forc√©e. C'est seulement vers treize ans que j'ai commenc√© √† avoir plusieurs amis, c'√©tait aussi ma p√©riode rebelle qui commen√ßait. J'ai v√©cu la meilleure ann√©e de ma scolarit√© lorsque j'avais quinze ans.

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Avant la naissance de mon fils, je m'√©tais jur√©e que si je n'avais pas les moyens de le mettre en √©cole priv√©e je lui ferais l'√©cole √† la maison. J'ai pu le mettre un moment dans une cr√®che priv√©e bilingue lorsqu'il avait deux ans, pour qu'il voit d'autres enfants. C'√©tait se voiler la face que de s'imaginer pouvoir subvenir aux co√Ľts √©lev√©s d'une √©cole priv√©e. Je ne connaissais personne dans mon entourage qui faisait l'√©cole √† la maison √† son enfant. Je me sentais d√©sempar√©e. Mon fils √©tant enfant unique, je me suis dit que finalement, l'√©cole pourrait √™tre bien pour lui.

Apr√®s avoir fr√©quent√© une garderie publique tous les matins pendant une ann√©e - la cr√®che priv√©e √©tait trop loin, ce n'√©tait plus faisable ‚Äď il a eu la chance de commencer l'√©cole avec une des ma√ģtresses les mieux cot√©es. C'√©tait une belle ann√©e pour lui, m√™me si j'estime qu'il a d√Ľ commencer trop jeune (√† tout juste quatre ans). Il aimait beaucoup. Cette ann√©e l√†, il est m√™me tomb√© amoureux pour la premi√®re fois. J'ai eu droit √† des Zo√© par-ci, des Zo√© par-l√†, il n'osait plus rien dire √† ses c√īt√©s et ne se sentait plus aller quand elle lui proposait parfois de passer la r√©cr√©ation avec. Elle √©tait en 2P, ils devaient avoir une ann√©e et demi de diff√©rence √† peu pr√®s.

Sa ma√ģtresse avait de l'exp√©rience, elle savait comment faire en toute circonstance, elle savait leur parler, elle faisait plein de bricolages et avait tout un tas de rituels, elle n'oubliait jamais rien. A la maison, je m'appliquais √† coller chaque semaine un dessin dans l'agenda, avec parfois des petits mots que mon fils √©crivait. √áa lui faisait plaisir.

Vers la fin de l'année scolaire, je reçevais une lettre m'informant que mon fils devait malheureusement changer de classe. En effet, vu le nombre croissant d'enfants devant commencer l'école, une nouvelle classe allait voir le jour et mon fils a été choisi avec un autre camarade. Je tombais des nues.

Lorsque j'en ai parl√© avec la ma√ģtresse, j'avais du mal √† retenir mes larmes. J'ai appris que chaque ma√ģtresse devait choisir deux √©l√®ves par classe. Pourquoi lui ? Apparemment il fallait, dans l'id√©al, choisir un enfant sain d'esprit, n'ayant aucun probl√®me ni √† l'√©cole, ni √† la maison, ayant de la facilit√© pour s'adapter et n'ayant aucunes lacunes. Allez savoir. √áa allait donner quoi, une classe d'√©litistes? Quoi qu'il en soit j'ai d√©cid√© de laisser faire le destin. Je n'ai pas contest√© cette d√©cision. Je me disais que rien n'arrive par hasard et c'est ce dont mon fils avait apparemment besoin.

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C'est √† la s√©ance dans sa nouvelle classe que j'apprenais qu'il allait faire l'√©cole en for√™t tous les mardis ! La nouvelle ma√ģtresse a √©t√© form√©e dans ce but. Bont√© divine, j'avais les frissons dans tout le corps. Je n'y croyais pas. Et je me f√©licitais d'avoir eu confiance. Sa classe √©tait une classe "pilote", car c'√©tait la premi√®re fois que des √©l√®ves faisaient l'√©cole en for√™t dans ce grand √©tablissement scolaire regroupant des √©l√®ves de plusieurs villages.

Je me suis dit que cela commen√ßait bien... et c'√©tait le cas pendant quelques semaines jusqu'√† ce que mon fils ne veuille plus aller √† l'√©cole les mercredis et jeudis. C'√©tait en effet les deux jours o√Ļ une autre ma√ģtresse faisait la classe. J'en avais entendu des vertes et des pas m√Ľres √† propos de cette dame, mais quand √ßa touche son propre enfant c'est √©videmment diff√©rent. J'ai finalement d√©cid√© d'avoir un entretien avec elle et tout s'est bien termin√©. Elle n'√©tait pas la m√©chante sorci√®re que nous pensions et j'en √©tais navr√©e rien que d'y avoir pens√©.

C'est l√† que j'ai appris que cette classe √©tait une des plus difficiles qu'elle n'ait jamais eu en plus de vingt ans d'exp√©rience. Elle n'a pas vraiment su me dire pourquoi, peut-√™tre parce que c'√©tait nouveau pour les deux degr√©s, car normalement les ¬ę grands ¬Ľ connaissent d√©j√† comment cela se passe avec la ma√ģtresse et peuvent servir d'exemple aux petits, ce qui n'√©tait pas le cas pour eux. On s'est mises d'accord sur le probl√®me principal qu'il y a de nos jours : le foss√© qu'il peut y avoir entre les 1 et 2P. Elle me disait que certains ne savent m√™me pas qu'ils ont un visage, ou qu'ils peuvent faire mal s'ils tapent.

Cela me rappelle une √©ducatrice de la cr√®che que fr√©quentait mon fils, qui me disait que certains enfants en commen√ßant l'√©cole, ne savent pas reconna√ģtre les couleurs, ni leur pr√©nom, ne savent pas faire des puzzles de seulement 10 pi√®ces. C'est un fait : certains parents n'√©duquent pas leurs enfants, ils les nourrissent, c'est tout. On rencontre malheureusement souvent √ßa avec les familles de migrants et il y en a beaucoup dans notre grand village.

L'√©cole en for√™t se passait parfaitement bien, c'√©tait toujours un plaisir. Il n'y avait aucun probl√®me avec la ma√ģtresse principale, sauf si ce n'est son manque d'autorit√©. Elle √©tait tellement calme et sa voix si doucereuse. √á'aurait √©t√© parfait pour une classe dont les √©l√®ves ne posent aucun probl√®me et sont attentifs et respectueux. Mais dans ce contexte-ci...

Lors d'un entretien en sa compagnie, j'entendais la même chose que ce que me disait sa collègue. Pire encore, celle-ci m'apprenais qu'elle avait beaucoup d'idées d'activités mais que ce n'était tout simplement pas possible avec cette classe. Elle me disait que si un enfant a un souci avec un autre élève durant la récréation par exemple, elle ne pourrait pas aller vers eux en parler car ils n'écouteraient pas et cela blesserait encore plus l'enfant concerné. J'ai trouvé que tout ceci était un vrai délire.

Le seul avantage de cette ann√©e scolaire √©tait que mon fils faisait l'√©cole en for√™t le mardi matin et qu'il √©tait avec ses copains. C'√©tait un peu comme s'il √©tait √† la cr√®che. Etait-ce une raison suffisante pour passer ses journ√©es loin de la maison ? Loin d'un endroit calme et serein o√Ļ il fait bon de d√©couvrir des choses et apprendre en paix ? Il pourrait tr√®s bien avoir une activit√© comme un sport pour √™tre avec d'autres enfants et rien ne nous emp√™cherait d'inviter des copains √† la maison.

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Voici la journ√©e type de mon fils. Le matin, il se r√©veille vers 7h00 g√©n√©ralement. Il commence l'√©cole √† 8h30. L'√©cole termine √† midi et reprend de 14h00 √† 15h30. Nous mangeons √† 17h00. A 19h00 je lui lis une histoire, il bouquine au lit et entre 19h30-20h00 il s'endort. On ne se voit finalement pas beaucoup lorsqu'il est calme et repos√©. Apr√®s l'√©cole, il est fatigu√© et surexcit√©. Le trajet du retour, √† pied, est souvent tr√®s difficile. Je redoute toujours ces moments. J'ai pris l'habitude de le calmer en lui faisant un bain aux huiles essentielles ou des exercices de respiration.

Le vendredi 13 mars, j'apprends que l'√©cole ferme ses portes √† cause du Covid-19. Elle ne rouvrirait pas avant la fin du mois d'avril. Je me suis sentie soudainement l√©g√®re car j'ai vu l√† l'opportunit√© pour mener √† bien ce projet qui me tenait tant √† coeur : l'√©cole √† la maison. M√™me si ce n'est que temporaire, au moins nous pourrions en faire l'exp√©rience. J'ai aussi r√©alis√© que cette pause allait √™tre presque aussi longue que les vacances d'√©t√©. Nous vivons une bien √©trange p√©riode. Le seul regret que j'ai concerne l'√©cole en for√™t. C'√©tait une chance inou√Įe. Je ne pense pas que l'√©cole recommencera avant cet √©t√©.

Pour tout dire, je fais plus de choses scolaires maintenant qu'il est à la maison toute la journée. J'ai revu les bases avec lui. Cette 2P était vraiment récréative. En deux semaines, il a appris ce qu'il n'a pas eu l'occasion d'apprendre en six mois.

Un petit coup de tronche √† pr√©sent: je trouve grotesque de devoir revoir les bases alors qu'il √©tait sens√© avoir appris cela √† l'√©cole. Je pr√©f√®re encore l'avoir √† la maison, il n'a pas autant de fatigue et apprend ce qu'il est sens√© conna√ģtre pour commencer la prochaine ann√©e scolaire. L'√©cole je veux bien mais il faut que cela serve √† quelque chose d'intellectuel, pas seulement social. Et encore, si la ma√ģtresse ne peut m√™me pas g√©rer un conflit ou faire la m√©diatrice...

On pourrait me demander pourquoi je ne faisais pas tout ça avec lui après l'école ou pendant le weekend. Je faisais d'autres choses. Je me focalisais plus sur la lecture et les jeux et j'estimais qu'il passait déjà suffisamment d'heures à l'école.

Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve mais je ne pense pas avoir le courage de faire l'école à la maison lorsque tout rentrera dans l'ordre car je me sentirais trop seule dans cette démarche.

Ce qui se passe actuellement dans le monde est terrible. Pour nous cependant, ce confinement est une bénédiction.

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Posté par Nymphealys à 22:00 - - Permalien [#]